Après plusieurs années de fonctionnement sous la forme d’une société majoritairement contrôlée par l’État, le Pass Culture a connu en 2025 une évolution institutionnelle majeure avec sa transformation en opérateur national de l’État1.

Cette réforme répond à la volonté de renforcer le pilotage public du dispositif, d’améliorer les mécanismes d’évaluation et de mieux l’articuler avec les politiques culturelles et éducatives. Elle marque également un éloignement de la logique initiale de « start-up publique » qui avait présidé à son lancement.

Si cette approche a favorisé l’innovation, la rapidité de déploiement et une forte capacité d’expérimentation, elle a aussi suscité diverses critiques concernant le niveau de contrôle public, la transparence de certaines décisions, la place accordée aux acteurs territoriaux ainsi que l’utilisation des crédits publics. Les rapports d’évaluation, notamment ceux de la Cour des comptes, ont mis en évidence plusieurs limites du dispositif, parmi lesquelles la concentration d’une part importante des dépenses sur certains secteurs culturels, l’insuffisante réduction des inégalités d’accès à la culture et la faiblesse des outils d’analyse de l’impact réel du Pass Culture sur les pratiques culturelles des jeunes.

Dans ce contexte, la transformation en opérateur de l’État traduit la volonté de replacer le dispositif dans un cadre de gouvernance plus classique, davantage soumis aux exigences de contrôle, d’évaluation et de responsabilité propres à l’action publique.

Elle s’est accompagnée d’une évolution de sa gouvernance : le comité stratégique a été élargi à de nouveaux acteurs, notamment à des représentants des collectivités territoriales et des associations d’élus, reconnaissant ainsi leur rôle essentiel dans le financement, l’organisation et la mise en œuvre des politiques culturelles sur les territoires.

Parmi les dix-neuf membres du comité stratégique du Pass Culture, réunis autour de leur présidente, Aymée Rogé, directrice régionale des affaires culturelles d’Auvergne-Rhône-Alpes, figurent désormais Jean-Philippe Lefèvre, vice-président du Grand Dole chargé de la culture au titre de la FNCC, Martine Lizola, conseillère régionale du Grand Est au titre de Régions de France, et Bertrand Bellanger, président du conseil départemental de la Seine-Maritime au titre de Départements de France.

Cette présence accrue des collectivités dans la gouvernance du dispositif apparaît d’autant plus légitime qu’elles demeurent les premiers financeurs publics de la culture. En 2023, leurs dépenses culturelles atteignaient 10,7 milliards d’euros dont 8,5 milliards pour le fonctionnement et 2,2 milliards pour l’investissement2.

Pour mémoire et selon les chiffres de la loi de finances 2026, le Pass culture subventionné se compose d’une part individuelle destinée aux jeunes de 17 et 18 ans et dotée pour 2026 d’un budget de 127,5 millions d’euros, et d’une part collective dédiée aux projets d’éducation artistique et culturelle des classes de la sixième à la terminale, dotée de 62 millions.

En 2026, le Pass Culture demeure principalement financé pour sa part individuelle, destinée aux jeunes de 17 et 18 ans, qui bénéficie d’une enveloppe de 127,5 M€, soit près de 67 % des crédits du dispositif. La part collective, consacrée aux projets d’éducation artistique et culturelle (EAC) menés de la sixième à la terminale, dispose quant à elle de 62 M€, soit environ 33 % du budget total. Ainsi, alors même qu’elle constitue le principal levier d’articulation du Pass Culture avec les politiques d’EAC et les établissements scolaires, la part collective ne représente plus qu’un tiers des moyens alloués au dispositif. À l’inverse, malgré les ajustements budgétaires intervenus depuis 2025, la part individuelle conserve une place prépondérante en concentrant près des deux tiers des crédits.

Vers un « Pass Culture pour tous » ?

Au-delà de l’ouverture de sa gouvernance aux représentants des collectivités territoriales, le Pass Culture semble amorcer une nouvelle évolution. La direction de l’opérateur affiche désormais l’ambition de transformer progressivement la plateforme en un véritable média culturel de proximité accessible à l’ensemble des Français et non plus aux seuls bénéficiaires du crédit individuel. Cette orientation, parfois présentée sous l’expression de « Pass Culture pour tous », viserait à faire de l’application un outil de découverte, d’information et de médiation culturelle, indépendamment de toute aide financière. Cette évolution s’inscrit dans un contexte de recentrage budgétaire du dispositif et de recherche d’une forme renouvelée de démocratisation culturelle..

Mais derrière cette ambition d’un « Pass Culture pour tous » se dessine une question plus fondamentale : la démocratisation culturelle peut-elle être portée principalement par un algorithme et une plateforme numérique, ou continue-t-elle de reposer avant tout sur l’action des enseignants, des artistes, des médiateurs, des bibliothécaires, des conservatoires, des écoles d’art et des équipements culturels de proximité que financent et animent quotidiennement les collectivités territoriales ?




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  1. Décret n° 2025-195 du 27 février 2025 relatif au « pass Culture.
  2. Ministère de la Culture, Tableau de bord annuel – édition 2025. Les dépenses culturelles des collectivités territoriales en 2023 et leur évolution depuis 2019, Département des études, de la prospective, des statistiques et de la documentation (DEPS), 2025.

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