Dossier professionnel : une question de « fond » avant tout !

03/12/2017
Un précédent billet portant sur la question du dossier professionnel visait à apporter des éléments de réflexion sur la manière d’aborder cet exercice particulier, lequel est d’autant plus important qu’il tient une place capitale lors de l’entretien devant jury, unique épreuve d’admission pour la voie externe du concours d’accès au cadre d’emplois des ATEA.

Par prudence, je suggérais d’attendre les notes de cadrage et autres documents fournis au moment de l’inscription par les Centres de gestion organisateurs (Cdg). Force est de constater que ces documents restent pour le moins laconiques et qu’ils n’apportent que très peu d’éléments concrets. Rien d’étonnant à cela puisque toutes ces informations annexes à caractère plus ou moins officiel ne peuvent se permettre d’aller au-delà des textes réglementaires1, sauf à vouloir courir le risque d’un recours juridique de la part d’un candidat malheureux.

Les pistes proposées dès juillet dernier me semblent donc pouvoir rester d’actualité, mais il peut être utile de prolonger la discussion en rappelant, d’une part cette évidence qu’il ne peut exister de « dossier type » pour ce genre d’épreuve et que, d’autre part, la diversité des approches est à considérer comme une richesse qu’il faut absolument préserver. Car, en définitive, c’est bien celle-ci qui sera appréciée à sa juste valeur par les membres d’un jury pluriel, associant élus locaux, fonctionnaires territoriaux et personnalités qualifiées.

C’est la raison pour laquelle, au moment d’entreprendre le travail de conception et d’élaboration de son dossier, il ne reste qu’une seule chose à faire pour chacun des candidats : s’investir pleinement en cherchant à réaliser un dossier qui lui ressemble et qui soit à ce point convainquant qu’il ne pourra que difficilement être remis en cause… au risque parfois de faire l’unanimité des critiques contre lui ! Risque qu’il faut savoir prendre afin d’éviter le travers de ces dossiers parfois assez fades, faits de copiés-collés et de prêts-à-penser tirés de ces fameux « textes cadres »2, trop souvent abordés sans aucune mise à distance ni esprit critique. Égrener les objectifs de fin de cycle ou établir une liste de programme d’œuvres proposées pour les examens de fin de cycle ne me paraissent pas pouvoir constituer, à soi seul, un « projet pédagogique ». En revanche, interroger sa pratique au regard des évolutions profondes de la société, être curieux et ouvert sur un monde artistique et culturel toujours en mouvement ou encore se positionner par rapport au projet d’établissement de la structure dans laquelle on exerce3, doit permettre l’écriture de ce projet qui ne peut donc appartenir qu’à son auteur !

Aussi, la question n’est plus de savoir si le dossier doit comporter ou non 20 pages et si ce nombre, comme je l’ai lu sur les réseaux sociaux, s’entend « recto-verso » !4, traduisant une fois de plus l’anxiété manifeste du moment. Certes, le format du document a toute son importance, mais bien avant de se soucier de forme, c’est du fond dont il doit être question. Se soucier du fond, c’est entreprendre une expérience de pensée, c’est prendre le temps de suspendre son jugement5 pour se défaire des croyances et des préjugés si fréquents dans notre milieu professionnel.

C’est se convaincre également que préserver et défendre son identité professionnelle au travers de son propre projet professionnel est la meilleure des préparations à l’entretien et le gage de pouvoir bien le conduire sans avoir à le subir.

Alors seulement il sera temps de s’interroger pour savoir s’il faut une marge à gauche ou non, telle taille de police avec ou sans serif, ou tel nombre d’annexes…

Victor HUGO ne disait pas autre chose : « La forme, c’est le fond qui remonte à la surface » !

Alors, au travail !


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  1. En particulier cette mention du décret du 3 septembre 2012 fixant les modalités d’organisation des concours pour le recrutement des assistants territoriaux d’enseignement artistique : « Le concours externe sur titres pour le recrutement des assistants territoriaux d’enseignement artistique principaux de 2e classe, spécialité musique , permet au jury d’apprécier les compétences du candidat au cours d’un entretien dont la durée est fixée à trente minutes. L’entretien porte sur l’expérience professionnelle du candidat, ses aptitudes à exercer ses fonctions dans le cadre des missions dévolues à ce cadre d’emplois et le dossier professionnel constitué par le candidat, comprenant notamment le projet pédagogique et comportant le diplôme d’État de professeur de musique ou le diplôme universitaire de musicien intervenant dont il est titulaire, ou une équivalence à l’un de ces diplômes accordée par la commission prévue au décret du 13 février 2007 susvisé, ainsi que des titres et pièces dont il juge utile de faire état, portant sur l’une des disciplines énumérées à l’article 2 du présent décret, choisie par le candidat au moment de son inscription. »
  2. Charte de 2001, arrêté de classement de 2006, SOP de 2008, etc.
  3. Bien qu’externe, cette voie de concours s’adresse en effet cette année à une majorité de candidats qui sont déjà en poste, du fait de l’absence de concours depuis 2011.
  4. Au demeurant, je m’interroge sur certains « conseils » donnés ici où là par des « formateurs » et ne saurai donc trop conseiller la plus grande prudence…
  5. Cf. Descartes dans sa première des « Méditations métaphysiques »

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