Danser : un art, un sport…, les deux ?

La commission des Affaires culturelles et de l’Éducation a confié à Valérie Bazin-Malgras, députée de l’Aube (Les Républicains) et Fabienne Colboc, députée d’Indre-et-Loire (La République en Marche), une mission flash relative à la répartition des compétences ministérielles pour la politique de la danse. Leur rapport d’une vingtaine de pages dresse un rapide état des lieux et formule une dizaine de propositions.

N’en déplaise à Roxana MARACINEANU, Ministre déléguée auprès du ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, chargée des Sports pour qui la question aurait été tranchée1 , la danse, bien que faisant parfois l’objet de compétitions – au point d’ailleurs de voir inscrite le breakdanse en tant que discipline olympique aux JO de 2024 –, n’en demeure pas moins un art vivant aux expressions multiples et qui remonte à l’Antiquité.

Cela étant, la crise sanitaire aura permis de montrer toute la complexité de cette question !

Les mesures de restrictions prises par le gouvernement ont, dans un premier temps tout du moins, plutôt permis de souligner l’existence d’une différence de nature entre pratiques sportives et pratiques chorégraphiques, donnant à de très nombreux responsables associatifs la désagréable sensation d’un changement de poids et de mesures difficile à accepter. Les atermoiements du ministère de la Culture (MCC) n’ont fait qu’ajouter à la confusion et il fut un moment où les injonctions contradictoires furent telles, selon qu’elles émanaient de la Rue de Valois ou du ministère chargé des Sports que le Centre interministériel de crise (CIC) a, semble-t-il, en effet « tranché » comme l’a rapporté en mai dernier la ministre déléguée chargée des Sports.

De ce point de vue, le silence du MCC, à un mois à peine de la rentrée des établissements d’enseignement artistique (EEA), ne manque pas d’inquiéter alors que le passe sanitaire est devenu obligatoire depuis le 21 juillet dans les salles de sport, ainsi que dans les lieux de culture et de loisirs accueillant plus de 50 personnes. Faudra-t-il attendre le 2 septembre pour voir paraître un décret annonçant des mesures de restrictions qui pourraient, une fois de plus, ne concerner que les danseurs et les tenants de l’art lyrique (sic) ? Qu’en sera-t-il également de la distinction entre ERP de type R et ERP de type L ? Pourra-t-on espérer une clarification en ce qui concerne les établissements publics et les écoles associatives, que celles-ci soient de danse ou non ?

Mais revenons au rapport des deux parlementaires pour qui « la danse est incontestablement un art, et à ce titre objet de politique culturelle« . Il appartient donc au MCC de conduire une politique ambitieuse autour de deux axes principaux :

  • La diffusion des œuvres chorégraphiques, à travers le Centre national de la danse (CND), les Centres chorégraphiques nationaux (CCN) et les Centres de développement chorégraphique nationaux (CDCN) ;
  • L’enseignement de la danse, à travers le réseau des conservatoires publics et l’encadrement du diplôme d’État de professeur de danse.

A cet égard, il conviendra, toujours selon les deux députées, de s’interroger sur le « vide juridique favorisant la multiplication de cours de danse animés par des personnes non diplômées » qui résulte du fait que le diplôme d’État prévu à l’article L. 362-1 du code de l’éducation ne s’applique qu’aux danses classique, contemporaine et jazz. D’où cette proposition « d’étendre sans plus tarder le diplôme d’État de professeur de danse au hip hop » et de confier aux DRAC le renforcement des mesures de contrôle des qualification des personnes qui enseignent la danse.

Prenant la mesure de la place réduite qu’occupe la danse dans les dispositifs relevant de l’éducation artistique et culturelle (EAC), elles proposent également la création d’un diplôme universitaire de danseur intervenant, sur le modèle du diplôme universitaire de musicien intervenant (DUMI), qui permettrait d’intervenir à l’école et dans le temps périscolaire.

La danse étant souvent pratiquée comme une activité sportive, il est proposé que le code des sports encadre davantage cette pratique amateur dont la Fédération française de danse (FFD) est délégataire pour le compte du ministère chargé des Sports en ce qui concerne les danses artistiques, les danses de couple et les danses urbaines.

Enfin et pour ne pas laisser de côté le secteur amateur, « parent pauvre de la politique de la danse » – qui atteindrait, selon les sources, plusieurs millions de personnes –, Valérie Bazin-Malgras et Fabienne Colboc propose d’organiser des « Assises de la danse réunissant les acteurs publics et privés ».

Au fait, n’était-il pas question que le MCC organise des assises de l’enseignement artistique à l’occasion d’une réforme annoncée des critères de classement des EEA ? Ce devait être dans le monde d’avant !


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  1. Telle a en effet été sa réponse lapidaire à une question posée le 6 mai dernier par Bruno STUDER, député LRM de la 3e circonscription du Bas-Rhin, Président de la commission des Affaires culturelles et de l’Éducation. Voir : https://www.facebook.com/BrunoStuder67/videos/808750650053747

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