Concours ATEA 2022 : l’heure du choix !

11/09/2021

Concours externe, interne, 3ème concours, la question du choix de la meilleure voie mérite d’être posée, tout particulièrement pour cette session 2022 qui restera marquée par une réduction drastique du nombre de postes ouverts par les collectivités. S’y ajoute, semble-t-il, la possibilité de présenter simultanément plusieurs voies pour un même concours, alors que la loi de transformation de la fonction publique du 6 août 2019 était présentée comme devant mettre un terme à toute possibilité de multi-inscriptions !

Rappelons ici que la session qui s’annonce en 2022 se caractérise par une réduction de près de 73% du nombre de postes ouverts par rapport à celle de 2022 et que 5 disciplines1 ne seront pas ouvertes aux concours, dans un premier temps tout au moins. Une situation inédite qui peut conduire les candidats à s’interroger sur la meilleur stratégie à adopter pour maximiser leurs chances de réussite, mais en rappelant aussi que tout choix, dès lors qu’il est possible, emporte sa part de prise de risque, nécessairement et que les statistiques des précédents concours ne permettent pas d’extrapoler, car il y a trop de variables en jeux d’une session à l’autre. Il appartient donc à chacun de se déterminer en fonction des différents paramètres en jeu et, surtout, de rester convaincu que le choix retenu sera le bon, nécessairement… quand bien même il n’aurait pas été couronné de succès.

La question du grade

Sans revenir sur cette invraisemblable question du 1er grade du cadre d’emplois des ATEA, il faut rappeler qu’il est possible pour un candidat pianiste — voire même d’une autre discipline instrumentale (percussions, notamment) pour l’accompagnement danse qui n’est pas normé —  de concourir tout à la fois sur le premier grade d’assistant territorial enseignement artistique dans la discipline accompagnement et sur celui d’assistant territorial enseignement artistique principal de 2éme classe dans la discipline piano ou autres, le cas échéant. Il pourrait en être de même pour l’art dramatique, une discipline également ouverte pour les deux grades, sous réserve d’être en possession du diplôme requis (diplôme d’études musicales, DEM, ou du diplôme d’études théâtrales, DET).

Bien entendu, les épreuves du 1er grade porteront, pour la musique, sur la discipline spécifique de l’accompagnement, mais il n’est pas rare de voir certains enseignants pianistes assurer également des accompagnements, que ce soit pour la musique ou pour la danse. Aussi ce choix pourrait-il leur permettre d’intégrer la fonction publique territoriale par le 1er grade, et de progresser par la suite sur le second grâce à l’examen professionnel dans le cadre de l’avancement de grade. Il faudra cependant, en cas de réussite, être attentif à la question de l’indice de rémunération pour les agents contractuels dont l’indice de référence actuel correspondrait à une échelle d’ATEAP 2, car cela pourrait alors entraîner une baisse salariale lors de la titularisation.

DE dans la discipline ? Pas nécessairement, mais…

La question revient très souvent : peut-on présenter un concours dans une discipline qui ne correspond pas à la condition de titre (DE ou DUMI) du candidat ? Sur le plan réglementaire et sans ambiguïté aucune, la réponse est oui. En effet, ce qui est exigé pour pouvoir passer le concours externe, c’est une condition de diplôme (ou équivalent), i.e. le DE ou le DUMI. La discipline n’intervient pas (à l’exception toutefois de la danse) et il est donc tout à fait possible pour un candidat possédant le DUMI de se présenter, par exemple, en saxophone ou en violon.

Cela étant, il faut souligner que l’identité professionnelle des enseignants de conservatoire est avant tout marquée par la discipline enseignée. Le rapport aux contenus de la discipline est majoritairement considéré comme l’élément central de la constitution de l’identité de l’enseignant qui a pour mission sa transmission. Ce principe fort de « spécialisation disciplinaire » peut conduire à ce que le membre spécialiste de la discipline au sein du jury soit donc plus exigeant avec un candidat venant d’une autre discipline, alors que cette question ne se posera très probablement pas pour l’élu ou le membre du collège administratif du jury. Cela étant, les attendus du concours externe ou interne portant notamment sur l’expérience professionnelle, il semblerait donc parfaitement logique que le choix soit conditionné par la discipline effectivement exercée par le candidat, laquelle peut être différente de celle qui correspond au diplôme qu’il a obtenu. 

Fort de ce constat et si le candidat possède un titre différent de la discipline qu’il a choisie pour le concours, il faut alors qu’il se prépare à la question en développant un argumentaire convaincant pour l’ensemble du jury et qu’il ait aussi bien conscience qu’il lui faudra surtout chercher à convaincre le spécialiste que celui qu’il a en face de lui est bien un « spécialiste », lui aussi. Dossier et entretien doivent lui en donner la possibilité. Gageons ici que les spécialistes en question sauront faire preuve de discernement si le cas se présente pour eux.

Multi-inscription possible, mais à quelle condition ?

Dans un précédent billet, nous rappelions que, conformément à l’article 36 modifié de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984,« lorsque plusieurs centres de gestion organisent un concours permettant l’accès à un emploi d’un même grade dont les épreuves ont lieu simultanément, les candidats ne peuvent pas figurer sur plusieurs listes des admis à participer, quelles que soient les modalités d’accès au concours […].

Si la multi-inscription dans plusieurs disciplines reste proscrite comme elle l’a toujours été du reste, une analyse fine du décret pris en application de l’article ci-dessus mentionné en vue de limiter l’inscription d’un candidat à un concours permettant l’accès à un emploi du même grade, laisse cependant présager d’une possibilité de concourir dans les différentes voies du concours —  externe, interne et 3ème concours —, contrairement à ce qui a été écrit à de nombreux endroits, y compris sur indovea !

Ayant posé la même question à quatre centres de gestion organisateurs de concours pour la session de 2022 il y a trois semaines, j’ai eu la surprise de constater que les réponses apportées étaient contradictoires. La question était formulée de la façon suivante:

« L’arrêté portant ouverture d’un concours externe sur titre avec épreuves, d’un concours interne et d’un 3e concours sur épreuves d’assistant territorial d’enseignement artistique principal de 2e classe (session 2022) pour la discipline Hautbois vient de paraître. Je remplis les conditions pour les deux voix (externe et interne). Puis-je m’inscrire aux deux concours ?
Vous remerciant de votre réponse,
Bien cordialement, … »

Réponse 1 (deux Cdg) :
« Vous ne pourrez vous inscrire aux deux. Il faudra donc choisir lors de votre préinscription entre le concours interne et externe.
Cordialement,… »

Réponse 2 (deux Cdg) :
« J’accuse réception de votre demande et vous informe que vous avez la possibilité de vous inscrire au sein d’un même centre de Gestion au titre externe et au titre interne. L’avis de concours sera prochainement publié sur le site du centre de gestion ainsi que la brochure actualisée.
Cordialement, … »

Cette divergence d’appréciation, bien que surprenante à ce niveau, peut s’expliquer de la manière suivante :

L’article 36 de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 dispose que : « Lorsque plusieurs centres de gestion organisent un concours permettant l’accès à un emploi d’un même grade dont les épreuves ont lieu simultanément, les candidats ne peuvent pas figurer sur plusieurs listes des admis à participer, quelles que soient les modalités d’accès au concours prévues aux 1° à 3° du présent article. Les modalités d’application du présent alinéa sont précisées par décret. ».

De façon naturelle, on en déduit alors un principe d’interdiction des multi-inscriptions. Mais attention ! l’article ne fait ainsi référence qu’aux épreuves qui « ont lieu simultanément » et ne fait référence qu’au cas d’épreuves organisées par plusieurs centres de gestion : ce qui peut donc laisser à penser qu’un concours organisé par un unique centre de gestion — c’est bien le cas en l’espèce —, ne serait donc pas concerné par cette disposition. Par ailleurs et pour des raisons principalement liées à l’organisation spécifique des concours dans cette filière, les épreuves ont rarement lieu simultanément entre les différentes voies, ce qui rend donc possible ce choix multiple pour une même discipline.

Enfin, le décret n°2021-376 définit sommairement le fonctionnement du logiciel de reconnaissance des multi inscriptions. À noter qu’il ne distingue pas entre les emplois, il fait systématiquement référence au seul accès à un grade. De plus, il précise que, dès lors que le logiciel détecte une double inscription en cas de concours organisé simultanément par plusieurs CDG, l’inscription est annulée (article 7). Donc si le concours d’accès au grade d’ATEA est organisé simultanément par plusieurs CDG (peu importe la discipline) et que le logiciel détecte une double inscription, la première inscription sera annulée. En revanche, il apparaîtrait que le logiciel ne considère pas qu’il y ait « double inscription » dans le cas où un candidat s’inscrit simultanément à plusieurs voies, lorsqu’il s’agit d’une même discipline.

Il semble que cette subtilité — une de plus ! — ait échappé à la Direction générale des collectivités locales (DGCL) et que l’on retrouve donc, comme en 2018, la possibilité pour un candidat de présenter, pour une même discipline, plusieurs voies de concours, sous réserve bien entendu de remplir les conditions requises. Le fonctionnement chaotique de cette filière de l’enseignement artistique a hélas pour conséquence que nombre de candidats diplômés — et donc éligibles au concours externe — exercent depuis de très nombreuse années en tant qu’agents contractuels, et sont donc éligibles au concours interne. Nombre d’entre eux ont également une expérience dans le secteur associatif, ce qui les rend éligibles au troisième concours !

Si tel est bien le cas, ce qui fera peut-être l’occasion d’une information centralisée de la part de la du CIG de Versailles auprès de l’ensembe des centres de gestion, il est plus que probable que nombre de candidats s’inscriront dans deux, voire trois voies de concours pour maximiser leur chance de réussite. En cas de succès multiples et du fait qu’un même candidat ne peut figurer simultanément sur deux listes d’aptitude, il lui faudra alors choisir celle sur laquelle il souhaite être inscrit, avec pour conséquence la perte d’un poste puisqu’il n’est pas possible d’établir de liste complémentaires.

Externe, interne ou 3ème voie, quelles différences ?

Une seule et unique épreuve pour la voie externe — l’entretien —, une possibilité de montrer plusieurs facettes de sa personnalité pour l’interne et la 3ème voie — maîtrise artistique pour l’admissibilité, maîtrise didactique et de l’entretien pour l’admission —, il est évident que l’impact sur les membres du jury ne sera pas le même. Un(e) candidat(e) très à l’aise à l’oral pourra se limiter à la voie externe en veillant cependant à bien se préparer et à soigner la présentation de son dossier professionnel. Un(e) candidat(e) plus introverti(e) aura peut-être intérêt à se présenter plutôt à l’interne de façon à pouvoir présenter un spectre plus large de sa personnalité et de ses compétences. Une question qu’il appartiendra à chacun de trancher dans les semaines à venir… À moins qu’il ou elle ne choisissent de s’inscrire à plusieurs voies de concours, simultanément.

En tout état de cause, bonne chance et bonne préparation à tous les candidats et candidates !

 

 

 


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  1. Direction d’ensembles vocaux, Direction d’ensembles instrumentaux, Harpe, Musique électroacoustique et Musiques traditionnelles.

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