13/09/2026
À la veille de l’ouverture des inscriptions au concours de professeur territorial d’enseignement artistique, prévue le 15 septembre, beaucoup s’interrogent sur l’absence de la discipline « professeur coordonnateur des musiques actuelles amplifiées (tous instruments) ». En l’état des arrêtés publiés à ce jour, cette discipline de la spécialité « musique » n’est en effet proposée par aucun centre de gestion pour la session 2027.
Certains avancent qu’aucun poste n’aurait été déclaré vacant lors de la récente campagne de recensement, tandis que d’autres affirment au contraire que des postes existent bel et bien. En l’absence de communication officielle, ces informations restent à ce stade non vérifiées, et il n’est pas possible de trancher.
Comment les postes ouverts sont-ils déterminés ?
L’article L. 325-29 du CGFP prévoit que le nombre de postes ouverts à un concours tient compte :
- du nombre de nominations intervenues à partir de la liste d’aptitude établie à l’issue du concours précédent ;
- du nombre de fonctionnaires du même cadre d’emplois momentanément privés d’emploi et pris en charge ;
- des besoins prévisionnels recensés auprès des collectivités territoriales et des établissements publics.
Les besoins exprimés par les collectivités constituent donc un critère important, mais non exclusif.
À cet égard, on notera que la liste d’aptitude issue de la précédente session1 comporte encore deux inscriptions actives. Cette donnée doit cependant être maniée avec prudence : elle ne dit rien de la situation individuelle des candidats concernés, ni de leur disponibilité réelle, ni du volume des besoins actuellement recensés par les employeurs territoriaux.
Le texte ne permet pas davantage d’établir un lien de causalité entre le maintien de ces deux inscriptions sur la liste précédente et la non-ouverture de la discipline pour 2027. Une telle conclusion supposerait de connaître précisément le nombre et la nature des besoins recensés, les nominations effectivement intervenues depuis la précédente session, ainsi que les critères retenus par les centre de gestion pour arbitrer l’ouverture ou non de cette discipline.
Besoin recensé, vacance d’emploi et ouverture du concours
Trois opérations doivent être distinguées :
- la réponse d’une collectivité à la campagne de recensement conduite par les centres de gestion ;
- la déclaration officielle de création ou de vacance d’un emploi ;
- l’ouverture effective d’un concours par l’autorité organisatrice.
Le recensement exprime un besoin prévisionnel. Il ne vaut pas commande ferme d’un poste au concours et n’engage d’ailleurs pas nécessairement la collectivité à procéder ensuite au recrutement envisagé.
De la même manière, la déclaration de vacance d’un emploi n’impose pas automatiquement l’ouverture d’un concours. Cet emploi peut notamment être pourvu par mutation ou détachement d’un fonctionnaire titulaire, par le recrutement d’un lauréat déjà inscrit sur une liste d’aptitude ou, dans les conditions prévues par le CGFP, par le recrutement d’un agent contractuel !
La possibilité de pourvoir un emploi permanent par le recrutement d’un agent contractuel mérite ici d’être replacée dans une évolution plus générale. Depuis la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique, les possibilités de recruter des contractuels sur des emplois permanents ont été sensiblement élargies. Le principe selon lequel ces emplois ont vocation à être occupés par des fonctionnaires demeure, mais les collectivités disposent désormais de possibilités plus étendues pour répondre autrement à leurs besoins. On peut légitimement se demander si cette évolution est liée à la baisse marquée du nombre de postes proposés lors de cette session des concours de PTEA. En effet, pour les trois spécialités musique, danse et art dramatique, ce nombre est passé de 1 143 en 2019 à 1 046 en 2023, avant de chuter à seulement 692 en 2027. La baisse reste relativement contenue entre 2019 et 2023 (environ 8,5 %), mais elle atteint près de 34 % entre 2023 et 2027. Sur l’ensemble de la période 2019-2027, ce sont ainsi 451 postes qui ont disparu, soit une diminution de près de 40 %. Ces chiffres ne permettent pas d’établir que les recrutements contractuels se seraient directement substitués aux postes ouverts au concours : d’autres éléments entrent en jeu dans leur fixation, tels que les besoins exprimés par les collectivités, les nominations survenues depuis la session précédente ou l’état des listes d’aptitude. Ils révèlent toutefois que la non-ouverture de la discipline « professeur coordonnateur des musiques actuelles amplifiées » s’inscrit dans un mouvement plus général de contraction du recrutement statutaire. Le contrat constituant pour les employeurs territoriaux une voie alternative pour pourvoir leurs emplois, une interrogation s’impose : cette diminution du nombre de postes ouverts reflète-t-elle uniquement une baisse des besoins, ou traduit-elle aussi une évolution des stratégies de recrutement des collectivités ? Face à l’ampleur de cette baisse, la question ne peut plus être éludée.
Enfin, l’article L. 325-26 du CGFP indique que les concours territoriaux « peuvent être ouverts par spécialité et, le cas échéant, par discipline ». Toutes les disciplines réglementairement prévues n’ont donc pas à être organisées lors de chaque session. Un nombre limité de besoins peut conduire à ne pas ouvrir une discipline. Aucun texte ne fixe toutefois, à notre connaissance, un seuil minimal en dessous duquel cette ouverture serait juridiquement impossible.
Une situation qui n’est pas inédite
L’absence de certaines disciplines a déjà été constatée lors de sessions antérieures.
- En 2013, pour la spécialité arts plastiques, aucun concours n’avait été ouvert dans les disciplines « sciences humaines appliquées à l’art, au design et à la communication », « philosophie des arts et esthétique », « espaces sonores et musicaux » et « design d’objet ».
- En 2023, à nouveau quatre disciplines n’avaient pas été proposées dans la spécialité arts plastiques : « espaces sonores et musicaux », « photographie », « philosophie des arts et esthétique » et « sciences humaines appliquées à l’art, au design et à la communication ».
Un phénomène comparable s’observe également dans le cadre d’emplois voisin des assistants territoriaux d’enseignement artistique, cette fois dans la spécialité musique. En 2022, plusieurs disciplines musicales n’avaient pas été ouvertes, notamment la direction d’ensembles instrumentaux, la direction d’ensembles vocaux, la harpe, la musique électroacoustique et les musiques traditionnelles. La musique électroacoustique n’a pas davantage été ouverte en 2026.
Ces précédents montrent que toutes les disciplines ne sont pas systématiquement proposées à chaque session. L’absence d’une discipline ne constitue donc pas, en elle-même, une anomalie. Il n’en reste pas moins qu’on peut comprendre la déception des enseignants des musiques actuelles amplifiées, qui attendaient cette session 2027.
Un intitulé pour cette discipline qui interroge
Au-delà de la seule décision de ne pas ouvrir le concours, l’intitulé réglementaire de la discipline mérite attention : « professeur coordonnateur des musiques actuelles amplifiées ».
Contrairement au piano, aux percussions ou au jazz, cet intitulé ne désigne pas seulement un champ lié à l’enseignement : il lui associe explicitement une fonction de coordination. Or les emplois de professeurs intervenant dans le domaine des musiques actuelles amplifiées ne se réduisent pas nécessairement à cette fonction.
Ce libellé ancien correspond-il encore à la diversité des emplois, des responsabilités pédagogiques et des organisations actuelles des départements de musiques actuelles ?
La question, bien que distincte de celle de l’ouverture du concours, se pose et on pourrait d’ailleurs se demander si cet intitulé particulier n’a pas influé, en amont, sur l’identification des besoins. Deux hypothèses peuvent être formulées, sans qu’il soit possible, à ce stade, de les vérifier.
- D’une part, la référence à une fonction de « coordonnateur » a pu conduire certains gestionnaires des ressources humaines à ne pas rattacher à cette discipline un besoin concernant, par exemple, un emploi de professeur de guitare électrique devenu ou susceptible de devenir vacant, dès lors que cet emploi ne comportait pas explicitement de mission de coordination ;
- D’autre part, il est possible que les collectivités concernées n’aient pas identifié de besoin correspondant précisément à un emploi dédié à la coordination des musiques actuelles amplifiées, alors même que des besoins d’enseignement dans ce domaine, dépourvus de cette dimension de coordination, pouvaient exister.
Ces hypothèses ne permettent évidemment pas de préjuger des résultats réels du recensement. Elles mettent néanmoins en évidence l’ambiguïté possible d’un intitulé associant un champ esthétique à une fonction particulière.
À ce stade, trois faits seulement peuvent être établis :
- aucun arrêté recensé ne paraît ouvrir cette discipline pour la session 2027 ;
- deux inscriptions demeurent actives sur la liste d’aptitude précédente ;
- aucune information officielle ne permet d’établir un lien entre ces deux éléments ni d’affirmer que la non-ouverture résulterait d’une absence totale de besoins déclarés ou d’une impossibilité matérielle d’organiser les épreuves.
Au-delà de la déception légitime des professionnels concernés, cet épisode met ainsi en lumière un possible angle mort du dispositif. Il appartient désormais aux centres de gestion concernés de lever le premier doute, en apportant les éclaircissements nécessaires sur les besoins recensés et les motifs ayant conduit à ne pas ouvrir cette discipline en 2027.
Une seconde question relève, quant à elle, des administrations centrales chargées de la fonction publique territoriale et de la création artistique : celle de l’adéquation de l’intitulé réglementaire «professeur coordonnateur des musiques actuelles amplifiées» avec la réalité actuelle des emplois et des fonctions.
À défaut de cette double clarification, les musiques actuelles amplifiées resteront doublement hors champ : hors du concours PTEA 2027 et, peut-être, d’une nomenclature trop restrictive pour rendre visibles les besoins réels des établissements.
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